"Le temps passe et il fait tourner la roue de la vie comme l'eau celle des moulins"
(Le château de ma mère, Marcel Pagnol)
"La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir entre leur doigts ouverts"
(Antigone, Jean Anouilh)
"L'histoire de ma vie n'existe pas. Ca n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne"
(L'amant, Marguerite Duras)"So charged with pain and wonder that the novel becomes poetry"
[New York Times]
Titre original: THE BLUEST EYE
"Chaque nuit, Pecola priait pour avoir des yeux bleus. Elle avait onze ans, et personne ne l'avait remarquée. Mais elle se disait que, si elle avait les yeux bleus, tout serait différent. Elle serait si jolie que ses parents arrêteraient de se battre. Que son père ne boirait plus. Que son frère ne ferait plus de fugues. Si seulement elle était belle ! Si seulement les gens la regardaient ! Quand quelqu'un entra, la regarda enfin, c'était son père et il était saoul. Elle faisait la vaisselle. Il la viola sur le sol de la cuisine, partagé entre la haine et la tendresse. Tout aurait pu être différent pourtant si Cholly avait retrouvé son père, si Pauline avait eu une maison bien rangée comme elle les aimait, si Pecola avait eu les yeux bleus..."
Quand un lecteur se sent pris dans le tourbillon terrible de la vie d'une petite fille noire qui brûle d'avoir les yeux bleus d'une petite fille blanche, que fait-il ? Il commence par se sentir mal à l'aise, mais très vite se fait aspirer par l'envie de sortir de la fosse de sa négritude pour voir le monde lui aussi avec des yeux bleus. Son indignation finit par ressembler à du pouvoir. Il souhaite être capable d'accomplir des miracles... C'en est finit de lui. Il s'est fait piéger par la musique, les rythmes et les couleurs de Toni Morrison qui donne dans ce premier roman polyphonique un écho douloureux aux voix noires. Agression, séduction, pitié, haine, tendresse. Un grand auteur voit le jour, éclaire l'aube d'une littérature remarquable.
"Pendant des années, j'ai pensé que ma s½ur avait raison : c'était de ma faute. J'avais trop enfoncé les graines dans la terre. Il ne nous est jamais venu à l'esprit que la terre elle-même avait peut-être été trop dure. Nous avions semé nos graines sur notre petit lopin de terre noire, comme le père de Pecola avait semé ses graines dans son petit lopin de terre noire. Notre innocence et notre foi n'étaient pas plus productives que la concupiscence ou le désespoir de son père. Ce qui est sûr aujourd'hui c'est que de tout cet espoir, cette peur, cette concupiscence, cet amour, et cette douleur, il ne reste que Pecola et la terre dure. Cholly Breedlove est mort ; notre innocence aussi. Les graines se sont desséchées et sont mortes ; son bébé aussi."
/!\ A LIRE ABSOLUMENT :
J'ai adoré ce livre plein d'émotion et de tragédie. Toni Morrison raconte l'histoire de cette jeune fille exclue de la société parce qu'elle est noire, laide et passive. Sa souffrance, le lecteur la ressent et en est mal à l'aise. L'horreur et l'intolérance de la société blanche est effroyable, le traitement infligé à la population noire les pousse dans l'alcoolisme, l'adoration des icones de beauté, l'isolation, la folie et la haîne de soi.
Je vous conseille de le lire. Ce livre vous en apprendra beaucoup et vous émouvra autant qu'il vous choquera !